juillet 24, 2025
Immobilier, mobilités et territoires. Regards croisés de Jérôme Fourquet et Jean-Christophe Fromantin. Information & inscription.
Immobiliers, mobilités et territoires : Où allons-nous ? L’innovation technologique, la recherche de sens, l’envie de nature, mais aussi l’évolution des modèles économiques transforment structurellement nos modes de vie et de travail. Les crises sociales, économiques ou environnementales annoncent les prémices de ces mutations. La crise de l’immobilier tertiaire confirme les tendances.
Le vendredi 10 octobre, de 8h30 à 14h00, à Paris (Porte Maillot), nous vous proposons une session exceptionnelle autour des regards complémentaires de Jérôme Fourquet et Jean–Christophe Fromantin
Les objectifs de la session : Décrypter les comportements des agents économiques dans ce contexte de transformation; partager la réflexion autour des enjeux ; tracer les contours d’une nouvelle organisation.
Les intervenants : Le principe est de faire dialoguer deux observateurs de ces évolutions : Jérôme Fourquet et Jean-Christophe Fromantin et d’avoir des moments d’échange avec la salle.
- Jérôme Fourquet : Sondeur, essayiste et analyste politique, Jérôme Fourquet est Directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP depuis 2011 et auteur de nombreux essais : « L’archipel français » (2019), « La France sous nos yeux » (2021), « Métamorphoses françaises » 2024.
- Jean-Christophe Fromantin : Docteur en Sciences de Gestion, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Jean-Christophe Fromantin est Président du Comité scientifique d’Anticipations ; Chercheur-associé auprès de la Chaire ETI-IAE Paris-Sorbonne ; Maire et ancien Député. Il est l’auteur d’une thèse sur les cycles socioterritoriaux.
Les publics concernés : Cette session thématique s’adresse plus particulièrement aux décideurs de l’immobilier, aux architectes, aux urbanistes, aux aménageurs, aux acteurs des transports et aux collectivités territoriales
Les modalités : le coût est de 600€* net. La session a lieu le vendredi 10 octobre commence à 8h30, se termine à 14h et inclut un déjeuner-cocktail. Elle se déroule Porte Maillot à Paris. Nombre de places limité.
Contact : Pour toute information et inscription, prendre contact avec Mireille Bertrand : mbertrand@anticipations.org ou +33623455610.
* »Anticipations » est une association prestataire de formation enregistrée sous le numéro 1175641575 auprès du préfet de la région Ile-de-France. Activité s’inscrivant dans le cadre de la formation professionnelle continue – Exonérée de TVA – Cet enregistrement ne vaut pas agrément par l’Etat.
juillet 7, 2025
La thèse de Jean-Christophe Fromantin, Délégué général d’Anticipations sur : « La crise des quartiers d’affaires : préfiguration d’un nouveau cycle socio-territorial », Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
La crise des quartiers d’affaires : Préfiguration d’un nouveau cycle socioterritorial
Les crises ont souvent des causes et des conséquences qui dépassent ce que nous observons. Une recherche historique, géographique et en sciences sociales a montré que les espaces transactionnels, comme les places de marché, les bourses de valeurs ou les quartiers d’affaires, étaient cycliquement remis en cause par l’évolution des modèles économiques et par une aspiration à habiter au sens polysémique du mot. Nous avons modélisé les cycles de concentration-dispersion, identifié les facteurs centripètes et centrifuges, afin de situer dans le temps et dans l’espace la crise des quartiers d’affaires. Nous avons étendu cette analyse aux métropoles puisqu’ils constituent une composante névralgique des dynamiques urbaines. Nos travaux ont mis en exergue une évolution des systèmes transactionnels dont l’innovation questionne leurs centralités. En parallèle, l’accumulation d’externalités négatives générée par la surpopulation métropolitaine participe d’une nouvelle envie d’habiter. La logique centre-périphérie qui structurait nos organisations depuis deux siècles marque le pas. En combinant les mouvements observés, nous sommes arrivés vers des agencements polycentriques et réticulaires en mesure de restaurer la diversité et la prospérité des territoires. Notre approche gestionnaire nous a conduit à proposer de nouvelles perspectives en termes d’organisation et de gouvernance publiques, avec en arrière-plan la nécessité de réconcilier les échelles locales et globales.
Mots-clés : quartiers d’affaires, métropole, territoires, décentralisation, villes, mondialisation, qualité de vie, habitat
The crisis in business districts: Prefiguration of a new socio-territorial cycle
Crises often have causes and consequences that go beyond what we observe. Historical, geographical and social science research has shown that transactional spaces, such as marketplaces, stock exchanges or business districts, are cyclically challenged by changing economic models and a desire to live in the polysemous sense of the word. We modeled concentration-dispersion cycles and identified centripetal and centrifugal factors, in order to situate the business district crisis in time and space. We have extended this analysis to metropolises, as they are a key component of urban dynamics. Our work has highlighted the evolution of transactional systems, whose innovation calls into question their centrality. At the same time, the accumulation of negative externalities generated by metropolitan overpopulation is contributing to a new desire to live. The center-periphery logic that has structured our organizations for two centuries is marking time. By combining the movements observed, we have arrived at polycentric and reticular arrangements capable of restoring the diversity and prosperity of territories. Our management approach has led us to propose new perspectives in terms of public organization and governance, with in the background the need to reconcile local and global scales.
Key-words: business districts, metropolis, global-cities, globalization, urban-planning, decentralization, lifestyle, habitat
juin 18, 2025
L’Europe au défi de la « désoccidentalisation » du monde
Par Jean-Christophe Fromantin. Article paru dans La Tribune Le 24 avril 2025
Le terme de « désoccidentalisation » émerge dans le débat mondial, marquant un tournant géopolitique et économique. Ce phénomène résulte d’une combinaison de facteurs économiques, démographiques et démocratiques qui remodèlent l’ordre mondial, rendant obsolètes les valeurs fondatrices des règles internationales.
La « désoccidentalisation » du monde … ! Un terme qui apparait dans le débat et dont nous pouvions difficilement soupçonner qu’il exprime un jour une hypothèse dominante. Et pourtant ! Derrière ce terme lié en particulier à la détermination des acteurs du sud-global, nous devons comprendre l’accélération de trois phénomènes profondément intriqués : économique, démographique et démocratique. Ils forment un nouveau paradigme au sein duquel les acteurs ne s’embarrassent plus des valeurs qui sous-tendent les règles internationales. Or, au moment où il serait nécessaire de renforcer nos réactions, il est probable que la tension entre l’Europe et les États-Unis participe d’un appauvrissement du socle occidental et d’un renforcement du sud-global. Lors d’une des dernières séances d’Anticipations – programme d’immersion sur la prospective, à l’adresse de dirigeants et de cadres internationaux – le Général Éric Peltier et l’économiste Thierry Pouch alertaient sur un glissement d’influence dont l’Europe occidentale doit urgemment intégrer les risques et les effet
L’approche économique se joue dorénavant sur un cycle de renégociation des droits de douanes et autres barrières non-tarifaires qui marquent l’impuissance de l’Organisation Mondiale du Commerce. Aujourd’hui, ce sont près des deux-tiers des échanges internationaux qui se font en dehors des règles de l’OMC. Le cycle de Doha, lancé en 2001, qui n’a toujours pas abouti, trahit de multiples blocages qui marquent la fin de la « mondialisation heureuse ». L’approche économique se joue aussi à travers les questions alimentaires. Dans un monde qui n’arrive pas à assurer la sécurité alimentaire de sa population – dont 30% est en risque –, le conflit entre deux grandes puissances agricoles exportatrices, la Russie et l’Ukraine, pose de nouvelles frontières dans l’architecture géopolitique internationale.
L’approche démographique est également emblématique de cette désoccidentalisation. L’Europe et l’Amérique du Nord ne représente plus que 14% de la population mondiale et les projections sont de l’ordre de 10% à l’horizon 2100 ; a contrario, le bloc Afrique-Asie qui représente aujourd’hui 77% de la population mondiale devrait atteindre 83% en 2100. Ces chiffres sont d’autant plus interpellant en termes d’influence internationale que beaucoup des pays dont sont issues ces populations relèvent de régimes fortement désinhibés qui tentent de s’imposer dans tous les champs du développement. Leur poids démographique participe à la fois d’une puissance économique, sociale et culturelle.
C’est au titre de cette approche politique que notre modèle démocratique est interpellée. La Chine a sorti 450 millions de personnes de la pauvreté sans élection démocratique, et pointe dans le peloton de tête des grands acteurs de l’innovation. Des performances qui convainquent beaucoup de dirigeants du Nouveau Monde de la pertinence d’un modèle de prospérité alternatif à celui que nous portons dans les sociétés occidentales.
La question se pose par conséquent d’une prise de conscience des enjeux et des grandes priorités qu’il nous faut adresser. Ils sont nombreux dans les domaines de l’environnement à l’énergie et dans bien d’autres secteurs. Ils sont d’autant plus stratégiques que le découplage entre les Etats-Unis et l’Europe pourrait marquer une étape-clé de la perte d’influence occidentale. Pour autant, deux composantes vitales paraissent essentielles à court et moyen termes : la défense et l’alimentation. L’une et l’autre participent d’une souveraineté-socle qui, à la différence de l’énergie dont le nucléaire offre des garanties, est directement liée au contexte international. Ces composantes posent l’enjeu d’un dilemme européen difficile à résoudre : avec d’un côté la nécessité de renforcer la politique agricole commune (PAC) pour garantir notre souveraineté alimentaire et garder notre leadership à l’exportation – l’Europe est le 1er exportateur mondial de produits agri-agro – ; de l’autre, la montée en puissance des crédits militaires (800 milliards d’euros pour faire face aux risques qui se profilent) ; et enfin, les préconisations de Mario Draghi qui estime à 800 milliards d’euros par an pendant 5 ans les crédits nécessaires à la mise à niveau technologique …. À périmètre constant, l’équation est insoluble sauf à amputer le budget de la PAC, à renoncer à notre prospérité, ou à revoir les termes de notre pacte économique et financier.
C’est probablement par un nouveau contrat européen qu’il nous faudra passer d’une Europe des marchés à celle d’un pôle de souveraineté fidèle à nos valeurs.
avril 28, 2025
« Le spatial s’apparente à une nouvelle géographie du progrès »
Jean–Christophe Fromantin, délégué général du programme Anticipations ; François Alter, conseiller du Président du CNES ; Emmanuel de Lipkowski, PDG et cofondateur de Hyperion Stellar Technologies. Article paru dans Les Echos le 25 avril 2025.
La course à l’espace est liée à des enjeux numériques, économiques et géographiques, analysent trois spécialistes. La France, première puissance spatiale européenne, doit naviguer dans une compétition internationale intense dominée par les Américains et les Chinois.
L’actualité spatiale est dense : péripéties du Starship de Space X, domination de Starlink, retour perturbé des astronautes de l’ISS, utilisation des satellites d’observation pour la surveillance militaire ; elle participe des grands enjeux de prospérité et de souveraineté qu’il nous faut intégrer dans nos anticipations.
La France est la première puissance spatiale européenne, avec la création de l’ESA, d’Arianespace, d’Airbus, de Thales, de Safran et de grands programmes comme Galileo ou Copernicus ; l’Europe compte ainsi parmi les grands acteurs malgré un budget relativement modeste (environ 14 milliards d’euros par an). Le premier succès du lanceur européen Ariane 6 en témoigne. Si les Etats-Unis dominent avec un budget de plus de 73 milliards d’euros en 2023 (dont deux tiers du département de la Défense), elle est en rivalité avec la Chine, l’autre puissance spatiale, qui a posé avec succès des robots sur la Lune et Mars, et dispose d’une grande station orbitale habitée « Tiangong ».
L’avenir de l’espace est d’autant plus complexe qu’il est encore très faiblement réglementé et ouvert à toutes les perspectives de conquête. Le Space Act des USA, en 2015, a posé un principe non écrit de « premier présent, premier servi »…
Les convoitises sont motivées par un champ d’opportunités particulièrement diversifié. C’est un « enjeu de civilisation » osent certains spécialistes pour situer l’ampleur du défi et les deux grandes dimensions structurantes qu’il convient d’appréhender : le « space to earth » (vers la Terre) et le « space to space » (vers l’espace) ; le premier est contingent de nombreuses fonctions et applications que nous utilisons ; le second ouvre des perspectives de ressources quasi illimitées.
La sphère numérique est au premier rang des opportunités. L’Internet par satellite dont Starlink a démontré l’efficacité n’en est qu’à ses débuts. L’opérateur Starship prévoit le déploiement de 40.000 satellites et ambitionne de gérer jusqu’à 40 % des flux de télécommunication, y compris ceux qui passent par les câbles sous-marins.
Si aujourd’hui la navigation et les télécommunications occupent majoritairement les constellations, tous les domaines de l’observation et de l’information vont être concernés : le changement climatique, l’urbanisme, le renseignement ou la santé ouvriront des applications spatiales. Le « cloud computing » n’échappera pas à un développement qui pourrait rendre le stockage et l’accès aux données encore plus performants.
Perspective européenne partagée
L’autre enjeu est celui des échanges physiques dont le développement suit la baisse des coûts d’accès à l’espace. Depuis toujours, l’essor des civilisations s’est appuyé sur un équilibre entre les métropoles et leur arrière-pays, entre centres de décision et infrastructures de production. Aujourd’hui, cette dynamique s’étend au-delà de la Terre : l’espace devient un nouveau territoire à organiser, où les logiques d’aménagement, de gestion des flux et de préservation environnementale doivent être pensées.
L’aménagement spatial prolonge les stratégies terrestres : où implanter les infrastructures ? Quels corridors logistiques entre la Terre, la Lune et l’orbite basse ? Comment structurer l’accès aux ressources sans répéter les erreurs du passé ? Si la Lune revient en force, c’est autant pour ses réserves d’eau – présentes sous forme de glace sur la quasi-totalité de sa surface – que pour la possibilité d’en faire une base de départ vers d’autres horizons. L’eau permettrait d’assurer la vie d’une base habitée par des astronautes mais aussi d’approvisionner en hydrogène les futurs vecteurs spatiaux.
Le spatial s’apparente à une nouvelle géographie du progrès. Un écosystème gravite aujourd’hui autour de ces enjeux : structuré par les infrastructures des Etats, opéré par de nombreuses entreprises privées et innervé par le New Space, un réseau commercial d’innovation tourné vers l’espace. Ce triptyque est fondamental pour guider nos ambitions.
Mais il suppose l’établissement d’une doctrine claire de la part des pays, une perspective européenne partagée et un cadre réglementaire international pour éviter que les scories terrestres dont nous payons cher les dégâts collatéraux ne trouvent dans l’espace une fuite en avant davantage qu’un progrès. Dans cette compétition mondiale, la France et l’Europe ont à choisir entre l’audace ou le déclin.