L’actualité scande les évolutions de la guerre au Moyen-Orient, mais sommes-nous conscient qu’une guerre larvée de haute intensité se joue dorénavant au quotidien sur notre propre territoire ? C’est une guerre hybride, dont les ennemis sont difficiles à identifier. Par Jean-Christophe Fromantin, délégué général d’Anticipations.
Tribune publiée dans Les Échos le 31 mai 2026
L’actualité scande les évolutions de la guerre au Moyen-Orient, mais sommes-nous conscient qu’une guerre larvée de haute intensité se joue dorénavant au quotidien sur notre propre territoire ? C’est une guerre hybride, dont les ennemis sont difficiles à identifier.
L’actualité scande les évolutions de la guerre au Moyen-Orient, mais sommes-nous conscient qu’une guerre larvée de haute intensité se joue dorénavant au quotidien sur notre propre territoire ? C’est une guerre hybride, dont les ennemis sont difficiles à identifier. Elle détruit nos systèmes d’information, instille le doute sur nos institutions, manipule nos échéances démocratiques et déstabilise nos entreprises. Cette guerre prospère à la vitesse de la technologie et accroit son efficacité au rythme des nouveaux usages que nous adoptons.
La guerre hybride se caractérise d’abord par l’intrication de différentes acteurs, étatiques, criminels et technologiques. C’est un fait nouveau. Des États malveillants utilisent des proxys pour enclencher des attaques ciblées sur tout ce qui fait l’armature institutionnelle et économique d’un pays. Les menaces sont habilement combinées de telle manière à rendre les commanditaires difficilement identifiables. Des États, des narco-trafiquants ou des prestataires informatiques s’accordent pour orchestrer une guerre nouvelle dont nous sommes une des cibles.
Cette guerre prend de nouvelles formes. On parle de supply-chain attack pour désigner les intrusions dans les systèmes de gestion industrielle des grandes entreprises ; d’espionnage par pré-positionnement cyber pour neutraliser subitement un dispositif en ayant préalablement installé des implants sur ses composantes stratégiques ; de prolifération et de cyberisation de la criminalité pour organiser des attaques informatiques de grande ampleur ; de rançongiciels parfois utilisés par des États sous sanctions pour récupérer des fonds ; ou encore de spearphishing dont l’objectif est d’extraire des informations par une approche ciblée de personnalités. Ces menaces criminelles entrent dorénavant dans le champ de la sécurité nationale. Des attaques récentes ont montré l’impact que cela pouvait avoir sur le quotidien des Français. La Gendarmerie rappelle que le récent piratage d’un logiciel de santé a touché directement 15 millions de Français. C’est une guerre d’autant plus dangereuse que chacun d’entre nous devient potentiellement un de ses vecteurs.
On découvre aussi la violence physique qui émerge de ces nouvelles menaces cyber. Les détenteurs de cryptomonnaies sont parmi les plus visés. Des milliers de données volées à ses utilisateurs lors de la récente attaque de la plateforme Waltio en témoigne. Aujourd’hui la Gendarmerie nationale enregistre des enlèvements hebdomadaires par l’intermédiaire de petites-mains recrutées sur Telegram. La torture se banalise et devient un mode opératoire qui peut prolonger les vols de données.
Les pouvoirs publics ont pris conscience de ces menaces qui évoluent à une vitesse vertigineuse. La création de Viginum, une exception française, la création du statut d’OIV (Opérateurs d’Importance Vitale) ou la spécialisation d’équipes cyber au sein de nos forces de sécurité permettent de faire face, en partie, à ces nouvelles menaces. Cette guerre hybride questionne aussi notre dépendance vis-à-vis des systèmes technologiques et des réseaux sociaux. Les menaces informationnelles sont parmi les plus faciles à manier pour déstabiliser une société et stimuler la défiance vis-à-vis de ses institutions. Le fait de laisser le monopole des réseaux d’information aux GAFAM américains et aux BATX chinois participe de cette vulnérabilité, voire d’une forme d’inconscience de la part des européens.
A la question Qu’est-ce que la guerre ? il nous faut dorénavant intégrer les champs psychologiques, technologiques et économiques dont les manipulations cyber, l’IA, ou les réseaux sociaux sont les nouveaux vecteurs. Les récentes communications sur les capacités du modèle Mythos développé par Anthropic témoigne de l’ampleur d’un risque d’aucuns comparent à ce que l’atome a été pour les explosifs. L’émergence de cette nouvelle guerre hybride est d’autant plus préoccupante que nous assistons à une forme de désinhibition d’États totalitaires ou illibéraux dont la force et la violence priment sur le droit, le bien commun et la raison.
Jean-Christophe Fromantin, Délégué général d’Anticipations.
Tribune publiée dans Les Échos le 31 mai 2026


