IA : « Nous sommes en 2032 et la naissance de votre enfant déclenche seule toutes vos démarches administratives »

Oct 30, 2026

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Dans le futur, déclarer la naissance de son enfant pourrait déclencher automatiquement tous les droits et démarches associés, sans formulaire ni justificatif. Pour Jean-Christophe Fromantin, délégué général d’Anticipations, et Pierre Artaud (Sia Partners), l’IA agentique ferait basculer l’Etat d’une logique réactive à une logique proactive, organisée autour des événements de vie des citoyens.

Tribune publiée dans Les Échos, le 30 octobre 2026.

Nous sommes en 2032, votre enfant vient de naître. Vous ouvrez l’application unique des services publics et écrivez : « Louis est né ce matin à 6 h 14, il mesure 50 cm et pèse 3,2 kg. » Rien d’autre. Et quelques secondes plus tard, son acte de naissance est prêt, la CAF est informée, votre quotient familial actualisé, votre congé parental enregistré. Louis est également inscrit sur la liste d’attente des crèches de votre commune, son calendrier vaccinal planifié et votre demande de passeport préremplie.

Pourtant, vous n’avez rempli aucun formulaire, pas transmis plusieurs fois le même justificatif ou contacté plusieurs administrations. Surtout, vous n’avez pas eu à connaître l’existence de chacun de vos droits pour en bénéficier. L’IA, sans que vous vous en rendiez compte ou même lesachiez, a tout fait pour vous…

Un État proactif

Cette scène, qui pourrait figurer dans n’importe quel film futuriste à la « Minority Report », n’a rien d’irréaliste même si elle dessine une rupTure bien plus profonde qu’une nouvelle étape de dématérialisation, en l’occurrence administrative. Depuis vingt ans, nous avons en effet surtout numérisé la relation avec l’administration mais la logique est touJours restée la même : c’est au citoyen d’identifier son besoin, de trouver le bon service et de coordonner, lui-même, des administrations organisées en silos qui communiquent peu entre elles.

L’Etat agentique inverse totalement cette logique. À un Etat réactif succède un Etat proactif, organisé bien entendu autour de ses administrations mais surtout, et c’est toute la différence, autour des événements de vie des citoyens : naissance, déménagement, perte d’emploi, départ à la retraite, création d’une entreprise, décès, maladie, accident…

A la fin du prochain quinquennat, il suffira donc de renseigner un événement de vie pour que l’administration identifie automatiquement les démarches et les droits associés, les prépare et, lorsque le cadre juridique et le consentement le permettent, les déclenche sans attendre que l’usager les réclame ou en ait même parfois seulement eu l’intention. Imaginez un agent orchestrateur comprenant la demande du citoyen puis sollicitant, selon le besoin, un agent fiscal, un agent CAF, un agent emploi…

Cette révolution positive sera possible grâce à l’IA agentique. À la différence d’une IA générative qui répond à une question, sa grande soeur agentique poursuit un objectif : via un agent dédié, elle peut analyser une situation, planifier plusieurs étapes, mobiliser des données et des outils et exécuter certaines actions dans les limites qui lui ont été fixées.

Un changement qui se démultipliera avec… les systèmes multi-agents. Imaginez un agent orchestrateur comprenant la demande du citoyen puis sollicitant, selon le besoin, un agent fiscal, un agent CAF, un agent emploi, un agent santé ou un agent d’état civil. Chacun reste spécialisé et doté de permissions précises, mais ils peuvent se transmettre les informations nécessaires et coordonner leurs actions. Ce n’est plus au citoyen de faire circuler l’information entre toutes les administrations : ce sont les administrations qui se coordonnent autour de lui. De quoi faire retourner Kafka dans sa tombe…

Ne pas recréer les silos

Ce modèle n’est déjà plus totalement prospectif. L’Ukraine, déjà réputée pour son avance technologique en matière de drones militaire, construit actuellement une architecture baptisée Diia.AI dans laquelle un agent central interprète l’intention du citoyen et orchestre plusieurs agents connectés aux registres et services publics. Sa feuille de route vise explicitement un État proactif capable, à terme, d’anticiper des événements de vie et de coordonner plusieurs administrations à partir d’une seule demande initiale.

La France dispose déjà des briques nécessaires pour le faire mais risque, si elle ne va pas au bout de la logique, de recréer les silos qu’elle cherche depuis vingt ans à dépasser : chaque ministère son assistant, chaque opérateur son agent, chaque système son interface. Pour être efficace, l’État agentique doit être pensé comme une architecture publique commune, Interopérable et gouvernée, dans laquelle les agents coopèrent tout en restant traçables, contrôlables et soumis à une responsabilité humaine clairement établie.

L’IA nous place ainsi devant un choix qui dépasse largement la technologie et nous interroge sur la nouvelle puissance publique que nous vouLlons construire. L’Etat agentique offre l’opportunité de passer d’un État organisé autour de ses structures à un Etat organisé autour de la vie de ses citoyens. N’ayons pas peur des révolutions que nous offre l’IA agentique. Saisissons-nous-en !

L’intelligence artificielle ouvre l’enjeu du partage

La puissance transformatrice de l’IA agit sur nos vies quotidiennes autant que sur les modèles économiques. La question se pose de mettre cette puissance au service du développement. Par Jean-Christophe Fromantin, délégué général d’Anticipations, chercheur-associé Chaire ETI-IAE Paris-Sorbonne, docteur en sciences de gestion ; Bertrand Badré, directeur associé et fondateur de Blue like an Orange Sustainable Capital et Jean-Daniel Zucker directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Article publié dans Les Échos le 29 juin 2026.

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